Entretien 6 min

L’initiative : la Fresque du climat, 3 heures pour comprendre notre avenir

Quel que soit votre parcours scolaire ou universitaire, il y a certainement un sujet sur lequel vous n’avez jamais été formé : le dérèglement climatique. C’est pourtant une question clé pour notre avenir, y compris sur le plan professionnel puisqu’elle va obliger les entreprises à se transformer, et les salariés à s’adapter. Rencontre avec Renaud Bonnel, ingénieur en bâtiment et bénévole de la Fresque du climat, pour découvrir cette initiative citoyenne permettant de comprendre le phénomène qui est en train de bouleverser nos vies…

La Fresque du climat, qu’est-ce que c’est  ? 

Renaud Bonnel : « C’est un outil formidable pour comprendre le changement climatique et la science qu’il y a derrière, ainsi que notre avenir avec les changements profonds liés au climat et à l’énergie que le monde est en train de vivre. C’est utile de comprendre la transition écologique à opérer, et l’évolution des métiers à venir. De façon très pédagogique, la Fresque du climat se présente sous la forme d’un jeu de 42 cartes, qui permet de résumer en 3 heures d’atelier plus de 6 000 pages de rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). » 

Comment est né ce projet, et où en est-on aujourd’hui  ? 

« La Fresque du climat a été créée en 2015 par Cédric Ringenbach, un ingénieur inquiet des enjeux climatiques, qui l’a testée auprès de ses étudiants à Nantes et à Toulouse. Il souhaitait diffuser ce savoir scientifique le plus largement et le plus rapidement possible. C’est pourquoi il a décidé de changer d’échelle en créant toute une association autour de la Fresque et en passant le jeu en licence Creative Commons. 

L’objectif, c’est de créer la communauté la plus large possible de gens ayant compris le sujet climatique, pour ensuite pouvoir collectivement mieux y répondre. Aujourd’hui, ce sont environ 450 000 personnes qui ont été formées, y compris à l’international, et on estime que ce nombre double tous les 6 mois. » 

Comment se déroule un atelier  ? 

 « C’est très « low tech » : il faut les cartes de la Fresque du climat, des grandes feuilles de papier, des feutres, un animateur… Et bien sûr se dégager les 3 heures nécessaires. 

On procède généralement en 3 temps : d’abord, on se penche sur la science à travers les différentes cartes. Chacune représente par exemple une activité humaine, un phénomène physique, ou encore une conséquence de tout cela. On va les lire attentivement, puis en réfléchissant collectivement, les positionner les unes par rapport aux autres sur la grande feuille blanche qui deviendra la Fresque. À mesure que l’on crée des liens, une vision systémique des phénomènes et du changement climatique va se dessiner. 

Au passage, on essaye de faire preuve de créativité et de décorer tout ça pour garder un côté joyeux sur un sujet qui ne l’est pas forcément. C’est d’ailleurs l’objet du second temps d’atelier : partager le sentiment de chacun des participants (en général 6 à 8 par groupe) maintenant qu’ils ont compris la « big picture » du dérèglement en cours. Il peut y avoir de l’angoisse, de la colère, un sentiment d’impuissance… 

C’est précisément le rôle du troisième et dernier temps que de mettre les participants en mouvement et de leur faire comprendre qu’on peut tous agir. Tout le temps et à tous les niveaux : on pèse dans notre quotidien, que ce soit en tant que consommateur, citoyen… Ou dans sa vie professionnelle. » 

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De plus en plus d’entreprises organisent des Fresques du climat pour leurs équipes. Quels bénéfices en tirent-elles  ? 

« Pour une entreprise, organiser une Fresque, c’est d’abord une bonne occasion de faire un après-midi de team building, ce qu’elles ont peu fait dernièrement avec le Covid. Surtout, c’est une façon de parler à ses salariés d’un sujet qui va devenir absolument incontournable dans la prochaine décennie, en mettant tout le monde au même niveau d’information.  

Ensuite, puisque tout le monde a compris l’enjeu, cela permet d’aider l’équipe RSE, souvent isolée, à rayonner de façon transverse dans l’entreprise. Dans chaque équipe, cela permet aussi de se questionner sur son activité et ses pratiques. Si, par exemple, je suis acheteur, cela va à coup sûr changer mon regard sur mes fournisseurs et les questions que je leur pose. » 

Plus globalement, être animateur de la Fresque du climat, ou simplement avoir participé à un atelier de ce type, cela devient une information régulièrement mise en avant sur LinkedIn ou sur les CV.
Renaud Bonnel,
Ingénieur en bâtiment et bénévole de la Fresque du climat

En tant que salarié, comment organiser une Fresque du climat dans son entreprise  ? 

« En tant que salarié, on peut en parler par exemple à son manager, aux ressources humaines, au service RSE… pour que ça soit proposé et organisé en interne. Ensuite, soit les entreprises connaissent déjà un ou plusieurs animateurs de la Fresque, et traitent directement avec eux, soit elles peuvent contacter l’association via son site internet. Le tarif est libre, même si l’association donne un prix indicatif. Dans tous les cas, les animateurs reversent une part de ce qu’ils perçoivent à l’association: c’est ce qui lui permet de vivre et de continuer à diffuser le savoir scientifique. » 

Pour démultiplier la transmission du savoir, l’association forme également des animateurs, dont vous faites partie. Qu’est-ce que cela vous apporte  ?  

« Me concernant, j’ai de longue date une passion pour les questions de climat et d’énergie. Lorsque j’ai entendu parler de la Fresque, c’était une évidence non seulement de faire l’atelier, mais aussi de m’y former pour partager à mon tour, et ainsi susciter autour de moi le changement par l’exemplarité. Plus prosaïquement, en plus de mon activité d’assistance à maîtrise d’ouvrage bas carbone dans le bâtiment, l’animation d’ateliers Fresque constitue une grande part de ma vie professionnelle : je pourrais largement ne faire que ça et en vivre. D’ailleurs, j’ai co-fondé sur le même modèle la Fresque de la construction, qui concerne spécifiquement mon secteur d’activité. 

Plus globalement, être animateur de la Fresque du climat, ou simplement avoir participé à un atelier de ce type, cela devient une information régulièrement mise en avant sur LinkedIn ou sur les CV. À mesure que les entreprises, à défaut de bien comprendre le climat, comprennent que la législation va les forcer à changer, elles ouvrent de plus en plus de postes autour de ces questions et de la RSE. Ce n’était pas le cas il y a quelques années. 

Je pense aussi que les animateurs développent de vraies compétences, liées à leur savoir scientifique, mais également en termes de leadership et de travail collaboratif. Animer un groupe autour d’un sujet aussi complexe et questionnant que le dérèglement climatique, tout en essayant de construire un récit positif qui n’inhibe pas l’action, c’est un sacré tour de force qu’ils réussissent au quotidien ! » 

Participer à une Fresque, suscite souvent un déclic, voire une prise de conscience, débouchant sur des évolutions professionnelles  ?  

« C’est très fréquent, oui. Souvent, cela suscite de la dissonance cognitive chez les participants: ils comprennent que les modèles actuels, que ce soit pour leur mode de vie ou pour l’activité de leur entreprise, vont être chahutés. Et qu’il est plus facile d’anticiper cela en choisissant de changer soi-même, que d’y être obligé par la force des événements à venir. Pour autant, le changement demande du temps au niveau de nos sociétés et de nos modèles industriels, qui sont aujourd’hui très spécialisés, mais peu résilients. » 

Que pouvez-vous conseiller à ces personnes qui veulent changer  ? 

« Il n’y a pas de carte « solutions » dans la Fresque. Et même si l’on peut donner des directions, c’est à chacun de trouver les siennes en fonction de ce qui l’anime profondément. Il faut prendre le temps de réfléchir, de se former, et ne pas négliger le développement personnel. Dans mon cas, j’ai pris du temps pour me former, notamment via les nombreux MOOC (cours en ligne) qui existent et sont disponibles gratuitement. Je me suis décrété « ingénieur bas carbone » : ce titre n’existait pas, mais ça retranscrivait mes compétences. Aujourd’hui, c’est la réalité de ce que je fais. » 

Que diriez-vous à celles et ceux qui hésitent encore à franchir le pas de la Fresque du climat  ? 

« Prenez le temps de faire cet atelier : non seulement c’est un espace que vous vous offrez pour vous, qui va vous faire cogiter sur vos envies profondes… Mais surtout cela vous permettra de mieux comprendre les bouleversements liés au climat et à l’énergie.  

Enfin, cerise sur le gâteau: vous pourrez vous-même devenir animateur. Vous serez alors à votre tour le porte-voix de cette formidable initiative pédagogique, dont on espère tous modestement qu’elle va contribuer à infléchir la trajectoire actuelle et à bâtir un futur meilleur, plus désirable… Et, osons le mot, joyeux ! » 

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